États-Unis

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Blancs mais… Noirs. Le passing, une mascarade raciale aux États-Unis, éditions Jourdan, 2018, 220 p.

« La race est à la fois quelque chose de spécieux et quelque chose de réel. C’est ce que montre l’histoire de ces milliers d’Américains légalement Noirs parce qu’ils avaient « une goutte de sang noir » (one-drop rule) mais qui ont choisi de passer Blancs, voire de vivre comme tels, parce que phénotypiquement ils avaient l’apparence d’être Blancs. Ils pouvaient ainsi plus aisément s’enfuir du Sud esclavagiste et échapper aux chasseurs d’esclaves fugitifs. Cette mystification ne leur avait pas moins été utile pour échapper à la condition sociale faite aux Noirs, à la ségrégation et aux autres lois raciales dans le Sud, aux pratiques racialistes dans le Nord.
Le passage pouvait être ponctuel, lorsque, par exemple, il permettait de fuir l’esclavage et de leurrer les chasseurs d’esclaves fugitifs ou lorsqu’il permettait aux intéressés d’accéder à des services (établissements scolaires et universitaires, transports, commerces, hôtels, plages) réservés aux Blancs. Le passage pouvait être définitif tout en étant absolu ou relatif selon que celui qui avait passé définitivement Blanc coupait résolument les ponts avec les Noirs ou menait deux existences raciales radicalement séparées l’une de l’autre.

Ce livre propose une plongée dans cette migration raciale ayant eu cours aux États-Unis jusque dans les années 1950. Il y est question de politique de la race, notamment à travers l’obsession des suprémacistes Blancs pour la pureté raciale, à travers la faillite même de l’idée de la race que mettait en évidence le passing. Il y est question des arbitraires légaux en matière de définition de la race, des interdictions légales de la miscégénation entre Blancs et Noirs, de la valeur de bien attachée à la whiteness par les lois et par les juges. Il n’y est pas moins question de psychologie, à la faveur de portraits de « passages » et de refus de « passage » célèbres. Cet arbitrage sur l’opportunité de « passer » n’a jamais été une mince affaire, comme le montrent les drames ou les névroses du passing, que la littérature et le cinéma américains ont emphatisé à travers l’archétype du mulâtre tragique. »

E Pluribus Unum. Du creuset américain, Lextenso, 2016, 407 p.

Depuis 1782, le Grand Sceau des États-Unis est recouvert de la locution E Pluribus Unum, comme le sont également les pièces de la monnaie américaine depuis 1795.
Ces inscriptions survivent à la décision du Congrès en 1956 de donner une nouvelle devise aux États-Unis, In God We Trust. Cette idée de « faire un à partir de plusieurs » désigne le projet fédéral, qui consiste à agglomérer différents « peuples » en juxtaposant deux niveaux de gouvernement. E Pluribus Unum a progressivement été affectée d’une seconde fonction, celle consistant à désigner les États-Unis comme pays d’immigration et comme nation caractérisée par sa diversité ethnoculturelle.
Ce livre porte donc sur la configuration-reconfiguration par le droit et par les juges de la primo-devise de la République américaine, à partir des portes principales d’entrée dans cette devise que sont la « ligne de couleur », l’autogouvernement de la société, la liberté d’expression, la liberté de religion et la séparation des églises et de l’État.

L’auteur livre ici un carnet de voyage, entre la Pennsylvanie et l’Oregon, le Dakota du Nord et le Texas, sur le « façonnage juridique » de la diversité et du pluralisme aux États-Unis, dans un passionnant verbatim de son expérience de scrutateur de décisions et de débats politiques et juridiques qui, avant d’être nationalisés, commencent dans les enceintes parlementaires des États, devant les juridictions des États ou devant les juridictions fédérales dans les États ou le district de Columbia.

Le droit américain dans la pensée juridique française contemporaine. Entre Américanophobie et Américanophilie (co-dir.), Lextenso-Fondation Varenne, 2013, 417 p.

Que regarde-t-on et ne regarde-t-on pas, que voit-on et ne voit-on pas en France dans le droit des États-Unis d’Amérique ? Ces questions ont été suggérées par l’importance dans la littérature juridique française contemporaine d’une rhétorique de rejet de l’américanisation du droit français. L’analyse de cette littérature donne notamment à voir un flottement lexical qui fait glisser les locuteurs de la notion de droit anglo-saxon à celle de droit américain (et inversement), de la notion de Common Law à celle de droit américain (et inversement), dans une substitution contradictoire avec l’idée d’une singularité ou d’un exceptionnalisme juridique américain. Ce sont donc aussi certains impensés français concernant le droit des États-Unis que l’ouvrage met en relief : certains aspects du fédéralisme – l’État administratif – le caractère décentralisé du droit électoral – la procédure administrative fédérale – l’État culturel – les mutations du droit à un jury civil – les nullités en procédure civile – la négociation collective et le droit syndical – le Fair use – les  » procureurs impériaux « . Quant aux Law Schools, l’ouvrage montre qu’elles ne sont pas réductibles à l’étude de cas (case method) et que le débat est périodique et intense sur la nécessité d’une plus grande  » professionnalisation  » de leur formation. Les auteurs se tiennent donc à distance de la triple représentation courante du droit américain comme droit immémorial, comme droit immuable, et comme droit  » essentiellement jurisprudentiel « .