Décideurs publics, célébrités et vie privée (à propos de l’affaire Griveaux)

La publication d’une « sextape » de l’ancien ministre et ancien candidat aux élections municipales à Paris, Benjamin Griveaux, a été l’occasion d’une nébuleuse bruissante d’opinions sur le droit à la vie privée. Au prix de certaines croyances, comme celle voulant que seuls ceux qui ont « quelque chose à cacher » sont intéressés à ce droit.
Or, Daniel J. Solove et d’autres l’ont montré depuis longtemps, le droit à la vie privée ne se justifie pas moins pour quiconque n’aurait « rien à cacher ». Au demeurant, il est prouvé qu’aucune prétention de n’avoir « rien à cacher » ne résiste à une épreuve empirique. Celle des croyances à laquelle on voudra s’arrêter ressort de l’affirmation selon laquelle « la France a les lois les plus protectrices de la vie privée au monde » et qu’il y aurait une « exception française » en la matière qui serait menacée par « l’américanisation » de la culture française.
Le droit à la vie privée, et il convient de partir de là, comprend une double dimension. D’une part, ce droit protège les individus contre des intrusions autres que judiciaires dans différents aspects de leur vie personnelle (le domicile, les correspondances, les données de navigation en ligne, les déplacements…). D’autre part, ce droit protège les individus de certaines révélations publiques (sur les parentés, sur les affaires, sur les revenus ou le patrimoine, sur la situation fiscale, sur la santé, sur la vie amoureuse ou sexuelle…). Ce n’est donc que sous son second aspect que la question du droit à la vie privée se pose de manière inflammatoire s’agissant des personnalités publiques et des agents publics (au-delà des décideurs publics).

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Elena Kagan, juge pivot à la Cour suprême

Dans sa livraison du 18 novembre 2019, le New Yorker propose, sous la plume de Margaret Talbot, un imposant portrait intellectuel et politique de la juge Elena Kagan de la Cour suprême des Etats-Unis.  Elena Kagan apparaît ici telle qu’elle est réellement : la plus « dense » des juges « progressistes », autrement dit de la minorité de la Cour ; la plus  subtile politiquement de cette même minorité, puisqu’elle est sensible à la volonté du président conservateur de la Cour, John Roberts, de desserrer l’étau de la polarisation de la Cour autour d’un clivage droite/gauche, conservateurs/progressistes.

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